Mais de quoi jouent-ils donc?

Le XVIe siècle est l’époque au cours de laquelle la musique instrumentale s’est démarquée de la musique vocale qui faisait autorité jusqu’alors. Les œuvres qui se prêtaient également à une interprétation sur divers instruments, sont remplacées de plus en plus par des partitions purement instrumentales qui finissent par obtenir leur indépendance formelle.
Si, dans les publications de cette époque, il est assez rare de trouver une indication de distribution instrumentale, certains compositeurs commencent à donner des précisions pour le choix des instruments.
D’autres par contre notent uniquement le canevas musical dans certains registres et laissent le choix de l’instrumentation aux interprètes en fonction des circonstances. La variété des instruments étant considérable, cette liberté de choix offrit des possibilités multiples.
Les plus grands compositeurs du XVIIe siècle considéraient le cornet et la sacqueboute comme les instruments les plus aptes à imiter la voix. D’abord grâce au timbre et à la tessiture (le cornet pour la soprano, la sacqueboute pour le ténor), ensuite grâce à l’action combinée de la langue et du souffle qui permet à l’instrumentiste d’articuler les sons afin de donner l’illusion de la parole.
 
« …c’est pour çuit que ceux qui ioüent parfaitement du Cornet, en addoucissent le son tant qu’ils peuvent, afin que la cadence en soit plus douce et plus amiable, et qu’elle imite la voix, et la plus excellente méthode de bien chanter… » Marin Mersenne, Paris 1636
 
« De tous les autres instruments à vent, le Cornet est le meilleur pour imiter la voix humaine… » Girolamo Dalla Casa, Venise 1638
 
« …Le Cornet et la Sacqueboute sont des instruments qui participent de la voix humaine plus que les autres […] pour faire un bon instrumentiste à vent il faut s’appliquer à imiter la voix humaine le plus possible… »             Giovanni Bassano, Venise 1591
 
« …je dois avertir que cette œuvre pourra servir aux instruments, comme le Cornet, la Flûte, la Sacqueboute, qui doivent jouer comme le fait un bon chanteur… » Antonio Brunelli, Venise 1584.